Découvrez plus de 700 îtres et bâtiments d’alpage recensés dans le val de Bagnes
Les îtres sont des lieux de mémoire. Présents sur les hauts pâturages du val de Bagnes, ces abris fascinent les randonneurs et suscitent autant la curiosité que l’étonnement. Leur présence interroge. Archéologues, ethnologues et historiens cherchent à en comprendre l’origine et les usages.
Mais d’où vient ce terme ? Selon le Glossaire des patois de Suisse romande (1988, vol. 6, p. 924–927) et le Dictionnaire du patois de Bagnes (2010), « îtro » - et son équivalent en français régional « ître » - dérivent du patois « étro », issu de l’ancien français estre(s), désignant une « partie extérieure, supérieure d’une habitation ; habitation », lui-même provenant du latin exterus. Le mot renvoie ainsi au chalet d’alpage, bâtiment principal de chaque pâturage, de construction sommaire, où l’on fabrique le fromage et où les bergers mangent et dorment. Dans l’usage vernaculaire, il peut aussi désigner, plus largement, tout bâtiment d’alpage, à l’exception des étables.
Au-delà des mayens et à l’orée des forêts d’altitude, ces constructions s’inscrivent dans un territoire habité parfois ramené à un simple paysage. Pourtant, les prairies alpines ne sont pas qu’un panorama : elles constituent un territoire façonné et exploité depuis des millénaires. Raconter cette histoire, c’est inviter à parcourir ces espaces non seulement comme des lieux de passage, mais comme des strates vivantes du passé.
Des premières traces humaines remontant à plus de 9000 ans à l’arrivée des premiers pasteurs dès 4000 avant notre ère ; des bergers de l’époque romaine aux communautés médiévales organisant l’exploitation des hauts pâturages ; des améliorations techniques de l’époque contemporaine - avec la construction de grandes écuries - à l’usage raisonné des ressources, puis à l’essor de l’hydroélectricité et du tourisme : chaque période témoigne d’une adaptation constante aux conditions de vie en montagne.
C’est dans cette continuité que s’inscrit le projet Îtres. Son ambition est de rendre accessibles les données géohistoriques et les connaissances accumulées à travers un inventaire consultable en ligne. Il propose ainsi un outil numérique permettant de découvrir, au fil des parcours dans la vallée de Bagnes, la profondeur historique de ce patrimoine alpin.
Le projet Îtres s’inscrit dans la politique patrimoniale de la commune de Val de Bagnes initiée il y a un demi-siècle. Dès 1971, une liste de bâtiments d’alpage d’intérêt historique a été établie. Les sites majeurs ont été classés comme biens culturels d’importance nationale ou régionale. Pour en garantir la préservation, des travaux de restauration ont été réalisés sur une trentaine d’objets.
Dès 2008, l’établissement d’un inventaire systématique est entrepris avec le vœu pieux de repérer la totalité des édifices ou aménagements témoins de la pastorale alpine. Une première carte répertorie 110 bâtiments. La recherche sur le terrain et dans la documentation révèle finalement l’existence de 700 îtres, écuries, greniers, garettes ou abris sous roches. Un premier état des lieux a été présenté en 2013 dans le cadre de l’exposition Itre au Musée de Bagnes. Recherches historiques, récoltes de témoignages, analyses archéologiques ont mis en valeur l’intérêt de ce patrimoine.
Depuis, la mise en valeur s’est notamment enrichie et renouvelée avec la Verbier Time Machine et son projet consacré aux îtres. A la clé, une exploration et expérience immersives qui permettent de découvrir l’histoire et les savoir-faire de la vallée de Bagnes en mobilisant des technologies avancées. Une randonnée dans le temps, une attention renouvelée aux lieux de manière interactive.
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