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Typologie des bâtiments

Découvrez les différents types de bâtiments d'alpage, témoins des multiples histoires de la vie pastorale et de la longue tradition alpine

Introduction

Typologies et architectures

Lorsqu'on parcourt la vallée de Bagnes, la présence de bâtiments de pierre, qui subsistent encore en grand nombre aux différents niveaux des pâturages, évoque très éloquemment les cheminements multiples de la vie pastorale. Témoins d'une civilisation alpestre séculaire, ils ont été préservés de toute altération moderne et constituent un élément important du paysage et du patrimoine bagnards. La plupart sont abandonnés et tombent peu à peu en ruine, quelques-uns sont utilisés comme refuge par les chasseurs, d'autres ont été restaurés. Dans les remouintzes éloignées, certains servent encore d'abri aux bergers mais non plus de local de fabrication, le lait étant désormais descendu aux laiteries d'alpage ou de village.

La majorité des édifices se concentrent entre 2000 et 2400 m d’altitude. Les grandes étables à voûte se situent plutôt dans la partie inférieure des alpages, tandis que les îtres, correspondant aux lieux de remuage, sont installés jusqu’à plus de 2400 m. Au niveau de la toiture, 20% des constructions couvertes présentent une charpente à un ou deux pans ; un petit nombre d’édifices (7%) sont construits directement sous des blocs en surplomb, sans toiture. C’est dans ces emplacements que les vestiges les plus anciens ont été observés.

Dans les alpages importants, les bâtiments des écuries, des îtres et des greniers forment de petits hameaux de pierre, qui se confondent très vite avec les rochers environnants. Pour résister aux avalanches, ils sont très souvent accolés au versant, parfois même pris entièrement dans la pente, ou bien abrités par un repli du terrain ou un bloc rocheux.

Dans le langage vernaculaire, le terme « ître » est utilisé de manière générique pour désigner tout bâtiment d’alpage à l’exception des étables. Localement, les édifices peuvent toutefois être traditionnellement classés en cinq catégories. Cette typologie correspond aux différentes fonctions des constructions et découle des indications fournies par les anciens alpants.

 

Sources: 

  • Paroles de berger, Alpage et mayens du val de Bagnes, Arlette Perrenoud, 1992
  • « Une commune sauvegarde son patrimoine », in Val de Bagnes, continuités et mutations, Sion, Hilaire Dumoulin, 1997
  • Mémoire de licence en archéologie, Célestin Taramarcaz, 2012
  • Là-haut dans la montagne... : des îtres et des hommes : inventaire des ruines d'alpage dans le Val de Bagnes, Célestin Taramarcaz et Philippe Curdy, 2013

 

L’Écurie

Une écurie est une étable collective, un bâtiment de grandes dimensions destiné à loger des bovidés et des équidés (l'acceptation du terme diffère à Val de Bagnes de l’usage qu’on en fait ailleurs en langue française moderne). Elles sont les plus grandes structures présentes sur les alpages.

Les dimensions intérieures des édifices à voûte construits en pierres sèches oscillent entre 17 m (Giétro/Mauvoisin) et 23.5 m (La Lia/Mauvoisin et Louvie/Fionnay) en longueur par 3.2 m (Giétro/Mauvoisin) à 5.05 m (Sovereu/Fionnay) de largeur. Pour les bâtiments plus récents utilisant des techniques de constructions mixtes incluant le mortier, ces dimensions peuvent dépasser les 50 m (jusqu’à plus de 66 m aux Grands-Plans/Verbier). Les grandes écuries anciennes, principalement situées sur la rive droite de la Dranse, ont des toits de lauzes et ne sont percées que d’une ou deux portes sur la largeur, surmontées de trouées d’aération. 

Plusieurs de ces bâtiments présentent des dates de construction gravées sur le linteau : si celles-ci vont de 1674 (Sovereu/Fionnay) à 1847 (La Lia/Mauvoisin), la majorité des édifices observables aujourd’hui encore datent de la première moitié du XIX e siècle et semblent avoir remplacé de petites étables privées dont on devine encore les fondations. Le plan est identique dans tous les alpages pour ces constructions à toit à deux pans au-dessus d’une voûte de moins de 3 m de hauteur. L’intérieur est traversé dans la longueur par une allée pavée de pierres brutes, délimitée de chaque côté par une rangée de pierres dressées percées destinées à supporter les poutres où les vaches sont attachées. De part et d’autre de l’allée centrale, réservée à la circulation des bergers et à l’évacuation du purin, s’étendent les aires occupées par le bétail sur un revêtement de pierres posées de chant.

Écurie, Giétro Hilaire Dumoulin
Écurie, Giétro
Écurie, La Lia Hilaire Dumoulin
Écurie, La Lia
Écurie, Le Crêt Hilaire Dumoulin
Écurie, Le Crêt

L’Ître

L’ître est un édifice relativement fruste et sert de résidence au fromager et aux alpants. Il s’agit d’une construction en pierres sèches de 10 à 15 m2 de surface intérieure, avec en principe un toit en bâtière recouvert d’épaisses dalles de pierre (lauzes). L’unique pièce au sol en terre battue est la salle de fabrication pour le fromage : elle était équipée d’un foyer rudimentaire en pierres et d’une potence mobile en bois à laquelle on accrochait la chaudière. Il ne comporte qu’une ouverture, la porte. L’isolation laissait souvent à désirer si l’on en croit les témoignages. Pour résister aux avalanches, l’ître est souvent construit à l’abri d’un bloc rocheux, ou alors bien implanté dans la pente, avec un toit en appentis épousant la pente pour limiter la résistance aux coulées de neige et au souffle. 

Comme ces abris ne sont occupés que temporairement, au gré des déplacements entre remointses (remues), on en trouve en grand nombre, isolés, répartis sur tout le domaine de chaque alpage. En raison de la démocratisation des véhicules à moteur utilisés pour le transport du lait vers les laiteries du talweg, la fabrication du fromage est aujourd’hui centralisée et ces ouvrages ont été progressivement abandonnés depuis un demi-siècle environ. Certains îtres servent toutefois encore d’abris pour les bergers et les chasseurs.

Ître, Lui Api Commune Val de Bagnes
Ître, Lui Api
Ître, Les Rèshles Commune Val de Bagnes
Ître, Les Rèshles
Ître, Le Vingt Huit Hilaire Dumoulin
Ître, Le Vingt Huit

Le Grenier

Afin de conserver les produits de la transformation du lait ainsi que les denrées alimentaires destinées au personnel, chaque alpage disposait d’au moins un grenier (cave à fromage), une construction fortement implantée dans le sol, semi-enterrée où l’on conservait et salait quotidiennement le fromage avant de le descendre dans la vallée.

Le grenier se caractérise par des murs particulièrement massifs d’une épaisseur moyenne d’environ 80 cm selon les relevés disponibles, généralement enduits. Les percements y sont rares : une porte étroite et quelques meurtrières largement ébrasées constituent l’essentiel des ouvertures.

L’espace intérieur se réduit à une seule pièce, le plus souvent voûtée, avec un sol en terre battue et des étagères en bois disposées le long des parois. Un plancher en bois, installé à près de deux mètres de hauteur, permettait de stocker le sérac, le pain et le sel destinés à l’approvisionnement des travailleurs. 

L’implantation de ces bâtiments répond à une attention particulière : dans les alpages fortement exposés au soleil, on privilégie les replis du relief et l’on oriente les ouvertures vers le nord afin de garantir de meilleures conditions de conservation et de maturation des pièces de fromage, quotidiennement retournées, nettoyées et salées. C’est notamment le choix de l’emplacement et l’épaisseur des murs qui servent de critères d’interprétation comme greniers pour certaines de ces structures aujourd’hui en ruines.

Grenier, Giétro Commune Val de Bagnes
Grenier, Giétro
Grenier, Le Vasevay Commune Val de Bagnes
Grenier, Le Vasevay
Grenier, La Marlène Commune Val de Bagnes
Grenier, La Marlène

La Chotte

Proche de l’ître en terme de dimension, la chotte est une étable privée aux dimensions réduites et destinée à abriter une ou deux têtes de gros bétail. Selon des témoignages, ces bâtiments sont souvent équipés d'une rigole latérale destinée à évacuer le purin et les eaux de nettoyage vers l'aval du bâtiment. Contrairement aux îtres qui sont en principe dispersés de manière isolée sur l'alpage, les chottes seraient généralement regroupées sur un même emplacement.

Le terme peut également correspondre à un simple abri, doté ou non d’un toit en appentis, fait d’un seul mur, et dans lequel les bergers peuvent stocker du matériel. Il pouvait s’agir de petites propriétés familiales, comprenant un habitat et une petite étable, groupées autour du lieu de fabrication du fromage.

Chotte, Rapoué Commune Val de Bagnes
Chotte, Rapoué
Chotte Commune Val de Bagnes
Chotte

La Garette

La garette est un petit enclos à toit bas, rudimentaire, et sert de logement aux cochons qui accompagnent les troupeaux pendant l’estivage.
La hauteur des murs observée dépasse rarement le mètre. Le trait marquant de ces constructions, outre leurs murs peu élevés, est leur plan fréquemment en hémicycle.

 Une garette peut aussi faire référence à un petit abri de fortune, parfois simple faille dans le rocher où dormaient les plus jeunes pâtres.

Garette, La Paume Célestin Tarmarcaz
Garette, La Paume
Garette, Le Dâ Commune Val de Bagnes
Garette, Le Dâ
Garette, Grand Charmotane Hilaire Dumoulin
Garette, Grand Charmotane

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